si vis pacem, para bellum

Dès lors la question se pose : ne devons-nous pas être ceux qui cèdent et s’adaptent à la guerre ? Ne devons-nous pas convenir qu’avec notre attitude de civilisés à l’égard de la mort nous avons, une fois encore, vécu psychologiquement au-dessus de nos moyens et ne devons-nous pas faire demi-tour et confesser la vérité? Ne vaudrait-il pas mieux faire à la mort, dans la réalité et dans nos pensées, la place qui lui revient et laisser un peu plus se manifester notre attitude inconsciente à l’égard de la mort, que nous avons jusqu’à présent si soigneusement réprimée. Cela ne semble pas être un progrès, plutôt sous maints rapports un recul, une régression, mais cela présente l’avantage de mieux tenir compte de la vraisemblance et de nous rendre la vie de nouveau plus supportable. Supporter la vie reste bien le premier devoir de tous les vivants. L’illusion perd toute valeur quand elle nous en empêche.

Rappelons le vieil adage : si vis pacem, para bellum. Si tu veux maintenir la paix, arme-toi pour la guerre.
Il serait d’actualité de le modifier: si vis vitam, para mortem. Si tu veux supporter la vie, organise-toi pour la mort.

Sigmund Freud (1856-1939)
“Considérations actuelles sur la guerre et sur la mort”
(1915),in Essais de psychanalyse,trad. P. Cotet, 
A. Bourguignon et A. Cherki, Payot, 1981, p.40.