ils n’auraient eu nulle peine à me démasquer

« Si j’étais anarchiste et rien de plus, ils n’auraient eu nulle peine à me démasquer. Ce sont les gens qui s’efforcent d’aborder le puissant obliquement, « le poignard caché sous le manteau » ; ils sont particulièrement entraînés à les découvrir. L’anarque peut vivre dans la solitude ; l’anarchiste est un être social, et contraint de chercher des compagnons.

Il y a, comme partout, des anarchistes à Eumeswil aussi. Ils se divisent en deux sectes : les bonshommes et les rageurs. Les bonshommes sont inoffensifs : ils rêvent d’âge d’or et ont Rousseau pour saint patron. Les autres ne jurent que par Brutus »


« Wäre ich Anarchist und  nichts weiter, so hâtten sie mich Mühelos entlarvt. Auf Existenzen, die sich in der Schräge, « den Dolch im Gewande », den Mächtigen zu Nähern suchen, sind sie besonders geeicht. Der Anarch kann einsam leben; der Anarchist ist ein Sozialer und muß sich mit Gleichen zusammentun.

Wie überall, gibt es Anarchisten auch in Eumeswil. Sie bilden zwei Sekten : die gutmütigen und die bösartigen. Die Gutmütigen sind ungefährlich; sie trämen von Goldenen Zeitaltern, Rousseau ist ihr Heiliger. Die anderen sind auf Brutus eingeschworen »

Ernst Jünger (1895-1998)
Eumeswil, p. 57
Traduit de l’allemand par Henri Plard, Paris, Folio, 1998,
Eumeswil, p.45
Stuttgart, Klett-Cotta, 1977