Le monde, ni présent ni absent, devient un fantôme.

Le statut de ce qui se présente à nous est ambigu. On pourrait dire que cela nous aliène : nous subissons le monde entier chez nous, sans pouvoir réagir ; on pourrait à l’inverse dire que c’est une grande liberté que de pouvoir jouir du monde sans le craindre. Mais la retransmission ne se réduit pas à une « apparence esthétique » : celui qui écoute un match de football le fait en supporter excité, il le perçoit comme ayant réellement lieu, il ignore tout du « comme si » de l’art . Nous dirons que l’ambiguité ontologique des événements, à la fois présents et absents, réels et apparents, en fait des « fantômes » .

Gunther Anders (1902-1992)
«Considérations philosophiques sur la radio et la télévision»,
in L’obsolescence de l’homme (1956), éd. Ivréa, 
Paris, 2002, pp.117-241.