si vis pacem, para bellum

Dès lors la question se pose : ne devons-nous pas être ceux qui cèdent et s’adaptent à la guerre ? Ne devons-nous pas convenir qu’avec notre attitude de civilisés à l’égard de la mort nous avons, une fois encore, vécu psychologiquement au-dessus de nos moyens et ne devons-nous pas faire demi-tour et confesser la vérité? Ne vaudrait-il pas mieux faire à la mort, dans la réalité et dans nos pensées, la place qui lui revient et laisser un peu plus se manifester notre attitude inconsciente à l’égard de la mort, que nous avons jusqu’à présent si soigneusement réprimée. Cela ne semble pas être un progrès, plutôt sous maints rapports un recul, une régression, mais cela présente l’avantage de mieux tenir compte de la vraisemblance et de nous rendre la vie de nouveau plus supportable. Supporter la vie reste bien le premier devoir de tous les vivants. L’illusion perd toute valeur quand elle nous en empêche.

Rappelons le vieil adage : si vis pacem, para bellum. Si tu veux maintenir la paix, arme-toi pour la guerre.
Il serait d’actualité de le modifier: si vis vitam, para mortem. Si tu veux supporter la vie, organise-toi pour la mort.

Sigmund Freud (1856-1939)
“Considérations actuelles sur la guerre et sur la mort”
(1915),in Essais de psychanalyse,trad. P. Cotet, 
A. Bourguignon et A. Cherki, Payot, 1981, p.40.

rythme des saisons

De trop près :
« Ici, pour moi insécurité et guerre signifient : un moins grand confort matériel, une vie plus soumise au rythme des saisons et aux caprices de la nature, un monde où l’on se confronte à nouveau au risque physique de l’affrontement contre l’État mais pas seulement… Aussi contre des personnes avec qui l’on ne parvient pas à établir des rapports de forces qui puissent être ritualisés dans des discussions, ou résolus par des formes de réparations symboliques, des antagonismes profonds qui appellent un affrontement physique. »

Extrait du Troisième dialogue à Notre-Dame-des-Landes
site internet : Zone A Défendre/Tritons crété-e-s contre béton
armé [http://zad.nadir.org/spip.php?article1952]

Creative Process and the Artist’s Responsibility to Society

Society must accept some things as real; but he must always know that visible reality hides a deeper one, and that all our action and achievement rest on things unseen. A society must assume that it is stable, but the artist must know, and he must let us know, that there is nothing stable under heaven.

(…)

Societies never know it, but the war of an artist with his society is a lover’s war, and he does, at his best, what lovers do, which is to reveal the beloved to himself and, with that revelation, to make freedom real.

La société doit accepter certaines choses comme véritables; mais lui doit toujours savoir que la réalité visible en masque une plus profonde, et que toutes nos actions et réalisations reposent sur des choses invisibles. Une société doit supposer ce qui est stable, mais l’artiste doit savoir,  et il doit nous faire savoir, qu’il n’y a rien de stable sous les Cieux.

(…)

Les sociétés ne le savent jamais, mais la guerre d’un artiste avec sa société est la guerre d’un amant, et l’artiste fait, au meilleur de lui-même, ce que les amants font, qui est de révéler le bien-aimé à lui-même et, par cette révélation, donner une réalité à la liberté.

James Baldwin (1924-1987)
The Creative Process  
from Creative America, Ridge Press, 1962.

Gewalt – ja oder nein ?

« La violence est non seulement permise mais aussi moralement légitimée tant qu’elle est utilisée par un pouvoir reconnu comme tel. Le pouvoir repose en permanence sur la possibilité d’exercer la violence. En 1939, il était évident pour tout homme qu’il partait à la guerre avec d’autres pour y co-agir violemment [“mit-gewalttätig” zu werden]. Ceux qui y ont pris part avec d’autres n’ont fait […] qu’“accomplir leur devoir”. Lorsqu’on agit sur ordre du pouvoir, il est non seulement permis d’agir violemment, mais il est même recommandé d’agir violemment. À nous qui aujourd’hui n’avons rien d’autre en vue que d’empêcher définitivement toute violence, on nous reproche de ne penser qu’à l’exercer. Nous ne poursuivons pourtant qu’un état de non-violence, l’état que Kant a appelé la “paix perpétuelle”. Il est bien clair pour nous que nous ne devons jamais nous proposer la violence comme fin mais que, lorsqu’elle peut aider à imposer la non-violence et qu’elle seule le peut, personne ne peut nous contester le droit d’y recourir comme à une méthode »

Gunther Anders (1902-1992)
Gewalt – ja oder nein ? Eine notwendige Diskussion. 1987.
G. Anders, La violence : oui ou non. 
Une discussion nécessaire.
Edition  Fario, 2014.