BLACK BLOC PARTICIPANTS,  IN WOODS, WEARING SCARVES, GAS MASKS, AND MOTORCYCLE HELMETS / PARTICIPANTS À UN BLACK BLOC, DANS LES BOIS, PORTANT FOULARDS, MASQUES À GAZ, ET LUNETTES DE MOTO.

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La liberté de « s’arracher » a toujours été le fantôme de la liberté.

L’Occident avance partout, comme son cheval de Troie favori, cette tuante antinomie entre le Moi et le monde, l’individu et le groupe, entre attachement et liberté. La liberté n’est pas le geste de se défaire de nos attachements, mais la capacité pratique à opérer sur eux, à s’y mouvoir, à les établir ou à les trancher. La famille n’existe comme famille, c’est-à-dire comme enfer, que pour celui qui a renoncé à en altérer les mécanismes débilitants, ou ne sait comment faire. La liberté de « s’arracher » a toujours été le fantôme de la liberté. On ne se débarrasse pas de ce qui nous entrave sans perdre dans le même temps ce sur quoi nos forces pourraient s’exercer.

Comité invisible
L'insurrection qui vient, 2007, p.16

Hors du groupe il n’y a que des abstractions et des fantômes.

Tout se qui existe est groupé; tout ce qui forme groupe est un, par conséquent est perceptible, par conséquent est.
Plus les éléments et les rapports qui concourent à la formation du groupe sont nombreux et variés, plus il s’y trouve de puissance centralisatrice; plus aussi l’être obtient de réalité. Hors du groupe il n’y a que des abstractions et des fantômes. L’homme vivant est un groupe, comme la plante et le cristal (…)

Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865)
Philosophie du Progrès [1853]

grupo de afinidad

Les groupes d’affinité pourraient aisément être considérés comme une nouvelle forme de famille élargie, dans laquelle les liens de parenté sont remplacés par des relations humaines profondément empathiques (avoir de l’empathie pour quelqu’un, c’est se sentir des affinités immédiates avec la personne, n.d.t.) – des relations alimentées par des idées et une pratique révolutionnaire communs. Bien avant que le mot « tribu » soit devenu un terme populaire de la contre-culture américaine, les anarchistes espagnols avaient appelé leurs congrès asembleas de las tribus – assemblées des tribus. Les dimensions d’un groupe d’affinité sont délibérément maintenues dans des limites modestes, pour permettre à tous les membres un degré d’intimité maximum. Autonome, communautaire, directement démocratique, le groupe combine une théorie révolutionnaire et un style de vie révolutionnaire dans son fonctionnement quotidien.


The affinity group could easily be regarded as a new type of extended family, in which kinship ties are replaced by deeply empathetic human relationships—relationships nourished by common revolutionary ideas and practice. Long before the word « tribe » gained popularity in the American counterculture, the Spanish anarchists called their congresses asambleas de las tribus—assemblies of the tribes. Each affinity group is deliberately kept small to allow for the greatest degree of intimacy between those who compose it. Autonomous, communal and directly democratic, the group combines revolutionary theory with revolutionary lifestyle in its everyday behavior.

Murray Bookchin (1921-2006)
Extrait de Post-Scarcity Anarchism, 1971, 
published by Ramparts Press.Trad. de "A Note on Affinity 
Groups", in Post-Scarcity Anarchism, 1971, par D.Blanchard 
et H.Arnold - traduction brièvement révisée. 
Source : http://ecologiesociale.ch/index.php/textes

Le nudisme révolutionnaire

Qu’on considère le nudisme comme « une sorte de sport, où les individus se mettent nus en groupe pour prendre un bain d’air et de lumière comme on prendrait un bain de mer » (Dr Toulouse), c’est-à-dire à un point de vue purement thérapeutique; qu’on l’envisage, comme c’est le cas pour les gymnosmystique (gymnos en grec signifie nu ), comme un retour à un état édénique, comme replaçant l’homme dans un état d’innocence primitif et « naturel », thèse des adamites d’autrefois, – ce sont deux points de vue qui laissent place à un troisième qui est le nôtre, c’est que le nudisme est, individuellement et collectivement, un moyen d’émancipation des plus puissants . Il nous apparaît comme tout autre chose qu’un exercice hygiénique relevant de la culture physique ou un renouveau « naturiste ». Le nudisme est, pour nous, une revendication d’ordre révolutionnaire.
Révolutionnaire sous un triple aspect d’affirmation, de protestation, de libération.

E. Armand (1872-1962)
Le nudisme révolutionnaire, 
dans L’Encyclopédie anarchiste, 1934.

Je me rappellerai toujours avec quel étonnement je vis pour la première fois une compagnie de soldats s’ébaudir dans la rivière.

Encore enfant, je ne pouvais m’imaginer les militaires autrement que sous leurs habits multicolores, avec leurs épaulettes rouges ou jaunes, leurs boutons de métal, leurs divers ornements de cuir, de laine et de toile cirée, je ne les comprenais que marchant d’un même pas, en colonnes rectangulaires, tambours en tête et officiers en flanc, comme s’ils formaient un immense et étrange animal poussé en avant par je ne sais quelle aveugle volonté. Mais, phénomène bizarre, l’être monstrueux, arrivé sur le bord de l’eau, venait de se fragmenter en groupes épars, en individus distincts ; vêtements rouges et bleus étaient jetés en tas comme de vulgaires hardes, et de tous ces uniformes de sergents, de caporaux, de simples soldats, je voyais sortir des hommes qui se précipitaient dans l’eau avec des cris de joie. Plus d’obéissance passive, plus d’abdication de leur propre personne ; les nageurs, redevenus eux-mêmes pour quelques instants, se dispersaient librement dans le flot (…).

Élisée Reclus (1830-1905)
Histoire d’un ruisseau, éditions Babel Actes Sud, 1995.