la première n’était qu’une anarchie

D’ailleurs, quoique ces peuplades m’offrissent des images de république, la première n’était qu’une anarchie, la seconde, une simple société protégée par l’Etat où elle était renfermée; et les deux autres ne formaient que des aristocraties héréditaires, où une classe particulière de citoyens, s’étant réservé jusqu’au pouvoir de disposer de la subsistance nationale, tenait le peuple dans un état constant de tutelle, sans qu’il pût jamais sortir de la classe des néophytes ou des toutous.

Mon ame, mécontente des siècles présents, prit son vol vers les siècles anciens, et se reposa d’abord sur les peuples de l’Arcadie.

Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre (1737-1814)
L'Arcadie-L'Amazone,Oeuvres complètes 
de J.H. Bernardin de Saint-Pierre. 
Tome 9,Tome 7, éditions Méquignon-Marvis (Paris), 
1820, p.15

ils n’auraient eu nulle peine à me démasquer

« Si j’étais anarchiste et rien de plus, ils n’auraient eu nulle peine à me démasquer. Ce sont les gens qui s’efforcent d’aborder le puissant obliquement, « le poignard caché sous le manteau » ; ils sont particulièrement entraînés à les découvrir. L’anarque peut vivre dans la solitude ; l’anarchiste est un être social, et contraint de chercher des compagnons.

Il y a, comme partout, des anarchistes à Eumeswil aussi. Ils se divisent en deux sectes : les bonshommes et les rageurs. Les bonshommes sont inoffensifs : ils rêvent d’âge d’or et ont Rousseau pour saint patron. Les autres ne jurent que par Brutus »


« Wäre ich Anarchist und  nichts weiter, so hâtten sie mich Mühelos entlarvt. Auf Existenzen, die sich in der Schräge, « den Dolch im Gewande », den Mächtigen zu Nähern suchen, sind sie besonders geeicht. Der Anarch kann einsam leben; der Anarchist ist ein Sozialer und muß sich mit Gleichen zusammentun.

Wie überall, gibt es Anarchisten auch in Eumeswil. Sie bilden zwei Sekten : die gutmütigen und die bösartigen. Die Gutmütigen sind ungefährlich; sie trämen von Goldenen Zeitaltern, Rousseau ist ihr Heiliger. Die anderen sind auf Brutus eingeschworen »

Ernst Jünger (1895-1998)
Eumeswil, p. 57
Traduit de l’allemand par Henri Plard, Paris, Folio, 1998,
Eumeswil, p.45
Stuttgart, Klett-Cotta, 1977

The secret life of an american artist

Sylvan Schendler, 1967, p. 81, has argued that the Arcadian paintings faced forces of social disapproval, and that this explains Eakins’s failure to finish them. « Behind his failure to finish the painting or any of the other Arcadian studies, » Schendler writes, « is the repressive force of a civilization . . . There was no place for an Arcadia of nudes in the imagination of a Philadelphian. » Such an invocation of repressive Philadelphia, however, seems disingenuous. Surely the real source of the repressed feelings of these paintings—and their unfinished state—was the psyche of Eakins himself.

EAKINS REVEALED, The secret life of an american artist,
Henry Adams, Oxford University Press, P 517, Notes

Arcadie

L’Arcadie reflète l’investissement, par la société qui la pense, des mythes qui lui sont associés tels que celui de communauté, de table rase, de nouveau monde, de nature primitive.

En se déplaçant, le mythe arcadien agit à la fois comme un miroir déformant des utopies propres aux époques qu’il traverse et comme un lieu de projection des désirs de ses commentateurs. Il manifeste aussi la capacité d’une société à penser son Autre, à tenter l’expérience d’une hétérotopie ou d’une hétérodoxie, à se projeter dans un paradis collectif, à basculer vers une forme d’altérité joyeuse. Aussi, les manifestations actuelles de l’Arcadie qualifient-elles en retour l’époque qui la perpétue. Et si la vivacité de ce mythe témoigne de l’optimisme de la société qui le pense, à l’inverse, sa faiblesse renseigne sur son pessimisme.

Emilie Renard 
L’Arcadie : ailleurs et autrefois, ici et maintenant 
et l’année prochaine. 
Par Emilie Renard (Intertexte) 
Rosa B n°2: Pop ! Oblique Strategies, 2009.
www.rosab.net