ils n’auraient eu nulle peine à me démasquer

« Si j’étais anarchiste et rien de plus, ils n’auraient eu nulle peine à me démasquer. Ce sont les gens qui s’efforcent d’aborder le puissant obliquement, « le poignard caché sous le manteau » ; ils sont particulièrement entraînés à les découvrir. L’anarque peut vivre dans la solitude ; l’anarchiste est un être social, et contraint de chercher des compagnons.

Il y a, comme partout, des anarchistes à Eumeswil aussi. Ils se divisent en deux sectes : les bonshommes et les rageurs. Les bonshommes sont inoffensifs : ils rêvent d’âge d’or et ont Rousseau pour saint patron. Les autres ne jurent que par Brutus »


« Wäre ich Anarchist und  nichts weiter, so hâtten sie mich Mühelos entlarvt. Auf Existenzen, die sich in der Schräge, « den Dolch im Gewande », den Mächtigen zu Nähern suchen, sind sie besonders geeicht. Der Anarch kann einsam leben; der Anarchist ist ein Sozialer und muß sich mit Gleichen zusammentun.

Wie überall, gibt es Anarchisten auch in Eumeswil. Sie bilden zwei Sekten : die gutmütigen und die bösartigen. Die Gutmütigen sind ungefährlich; sie trämen von Goldenen Zeitaltern, Rousseau ist ihr Heiliger. Die anderen sind auf Brutus eingeschworen »

Ernst Jünger (1895-1998)
Eumeswil, p. 57
Traduit de l’allemand par Henri Plard, Paris, Folio, 1998,
Eumeswil, p.45
Stuttgart, Klett-Cotta, 1977

Plaidoyer en faveur du capitaine John Brown

Je n’ai pas envie de tuer ni d’être tué, mais je peux envisager certaines circonstances où je serais contraint inévitablement de le faire. Nous maintenons quotidiennement la prétendue paix de notre communauté par des actes de violence mesquine. Regardez le policier avec sa matraque et ses menottes! Regardez les prisons!

Henry David Thoreau (1817-1862)
De l'esclavage, plaidoyer pour John Brown, 
trad. de l'américain, notes et postface 
par Thierry Gillyboeuf, Mille et une nuits, 
coll. La petite collection, Paris, 2006, 128 p.

Gewalt – ja oder nein ?

« La violence est non seulement permise mais aussi moralement légitimée tant qu’elle est utilisée par un pouvoir reconnu comme tel. Le pouvoir repose en permanence sur la possibilité d’exercer la violence. En 1939, il était évident pour tout homme qu’il partait à la guerre avec d’autres pour y co-agir violemment [“mit-gewalttätig” zu werden]. Ceux qui y ont pris part avec d’autres n’ont fait […] qu’“accomplir leur devoir”. Lorsqu’on agit sur ordre du pouvoir, il est non seulement permis d’agir violemment, mais il est même recommandé d’agir violemment. À nous qui aujourd’hui n’avons rien d’autre en vue que d’empêcher définitivement toute violence, on nous reproche de ne penser qu’à l’exercer. Nous ne poursuivons pourtant qu’un état de non-violence, l’état que Kant a appelé la “paix perpétuelle”. Il est bien clair pour nous que nous ne devons jamais nous proposer la violence comme fin mais que, lorsqu’elle peut aider à imposer la non-violence et qu’elle seule le peut, personne ne peut nous contester le droit d’y recourir comme à une méthode »

Gunther Anders (1902-1992)
Gewalt – ja oder nein ? Eine notwendige Diskussion. 1987.
G. Anders, La violence : oui ou non. 
Une discussion nécessaire.
Edition  Fario, 2014.