BLACK BLOC PARTICIPANTS,  IN WOODS, WEARING SCARVES, GAS MASKS, AND MOTORCYCLE HELMETS / PARTICIPANTS À UN BLACK BLOC, DANS LES BOIS, PORTANT FOULARDS, MASQUES À GAZ, ET LUNETTES DE MOTO.

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TWO NUDE BLACK BLOC PARTICIPANTS, AT EDGE OF RIVER, IN WOODED LANDSCAPE / DEUX PARTICIPANTS À UN BLACK BLOC, NUS, AU BORD D’UNE RIVIÈRE, DANS UN PAYSAGE BOISÉ.

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une petite forêt qui se trouve placée à deux lieues de B …

Vous me dites que le lieu où nous nous trouvons n’est pas le désert la Thébaïde, mais bien une petite forêt qui se trouve placée à deux lieues de B …, et est quotidiennement parcourue par les paysans, les chasseurs et d’autres personnes; donnez-m’en la preuve! Je croyais ici tenir mon homme.

—Venez avec moi, lui dis-je, dans deux heures nous serons à B…, et ce que je vous ai dit vous sera prouvé.

—Pauvre fou aveugle, dit Sérapion, quel espace nous sépare de B…! Mais en admettant que je vous suivisse véritablement dans une ville que vous appelez B…, pouvez-vous m’affirmer que nous n’avons réellement marché que deux heures et que le lieu où nous serons arrivés sera B… ? Si je prétendais maintenant que c’est vous qui êtes atteint d’une incurable folie, de prendre les déserts de la Thébaïde pour une forêt et la ville lointaine d’Alexandrie pour la ville de B…, placée au sud de l’Allemagne, que viendriez-vous me dire? Cette contestation ne finirait jamais et nous serait préjudiciable à tous les deux.

Hoffman, Ernst Theodor  (1776-1822)
Contes des frères Sérapion
trad. de La Bédolière /
ed. Georges Barba, Libraire-éditeur, Paris, 1871, p3

La nature est un décor qui convient aussi bien pour jouer une pièce triste que comique.

Dans les bois aussi, un homme se débarrasse de ses années comme le serpent de son ancienne peau – et à quelque période de la vie qu’il soit, il est toujours un enfant. Dans les bois se trouve la jeunesse éternelle. Parmi ces plantations de Dieu régnent la grandeur et le sacré, une fête éternelle est apprêtée, et l’invité ne voit pas comment il pourrait s’en lasser en un millier d’années. Dans les bois, nous revenons à la raison et à la foi. Là, je sens que rien ne peut m’arriver dans la vie, ni disgrâce, ni calamité (mes yeux m’étant laissés) que la nature ne puisse réparer. Debout sur le sol nu, la tête baignée par l’air joyeux et soulevée dans l’espace infini, tous nos petits égoïsmes s’évanouissent. Je deviens une pupille transparente; je ne suis rien, je vois tout.


Nature is a setting that fits equally well a comic or a mourning piece. (…). In the woods too, a man casts off his years, as the snake his slough, and at what period soever of life, is always a child. In the woods, is perpetual youth. Within these plantations of God, a decorum and sanctity reign, a perennial festival is dressed, and the guest sees not how he should tire of them in a thousand years. In the woods, we return to reason and faith. There I feel that nothing can befall me in life, — no disgrace, no calamity,(leaving me my eyes,) which nature cannot repair. Standing on the bare ground, my head bathed by the blithe air, and uplifted into infinite space, — all mean egotism vanishes. I become a transparent eye-ball; I am nothing; I see all.

Ralph Waldo Emerson (1803-1882)
La Nature (1836) édition française Allia (2004), 
trad. Patrice Oliete-Losos,  p. 13,14

Le « rebelle »

À l’encontre d’un tel homme cerné, pris au piège d’un « inexorable encerclement », l’être humain qui « s’en va dans la forêt » veut redevenir un être singulier (« singulier » et « sanglier » viennent tous deux du latin singularis, « qui vit seul »). Pour y arriver, le « rebelle » ne se mettra pas en opposition directe. C’est là utiliser les mêmes armes que l’adversaire et risquer de lui ressembler. Il ne se contentera pas non plus d’une attitude de « rebelle » facile. « Recourir aux forêts  » n’est pas une fuite naïve hors du social, hors du « réel ». S’évader dans l’imaginaire n’est qu’une « jonglerie » de l’esprit, une illusion, un mirage de plus. Ce que le « rebelle » recherche n’est pas une fiction commode, mais un lieu de liberté, un champ d’action. C’est ça, la forêt : « un champ d’action pour de petites unités qui savent ce qu’exige le temps, mais connaissent aussi d’autres exigences. »

Kenneth White
Extrait de la conférence de Kenneth White 
au Botanique (Bruxelles). 
Séminaire dans les Ardennes (Mortehan-Cugnon): 
"Sur les pistes du Nouveau Monde"

Der Waldgänger

« Lorsqu’un peuple tout entier prépare son recours aux forêts, il devient puissance redoutable. »

Ernst Jünger (1895-1998)
Der Waldgang. Klostermann, Frankfurt am Main 1951.
Traité du rebelle ou le recours aux forêts.
Ernst Jünger (trad. Henri Plard), 
éd. Christian Bourgois, 1981.

Arcadie

L’Arcadie reflète l’investissement, par la société qui la pense, des mythes qui lui sont associés tels que celui de communauté, de table rase, de nouveau monde, de nature primitive.

En se déplaçant, le mythe arcadien agit à la fois comme un miroir déformant des utopies propres aux époques qu’il traverse et comme un lieu de projection des désirs de ses commentateurs. Il manifeste aussi la capacité d’une société à penser son Autre, à tenter l’expérience d’une hétérotopie ou d’une hétérodoxie, à se projeter dans un paradis collectif, à basculer vers une forme d’altérité joyeuse. Aussi, les manifestations actuelles de l’Arcadie qualifient-elles en retour l’époque qui la perpétue. Et si la vivacité de ce mythe témoigne de l’optimisme de la société qui le pense, à l’inverse, sa faiblesse renseigne sur son pessimisme.

Emilie Renard 
L’Arcadie : ailleurs et autrefois, ici et maintenant 
et l’année prochaine. 
Par Emilie Renard (Intertexte) 
Rosa B n°2: Pop ! Oblique Strategies, 2009.
www.rosab.net