J’entends ici par antagonisme l’insociable sociabilité des hommes

Le moyen dont se sert la nature pour mener à bien le développement de toutes ses dispositions est leur antagonisme dans la société, pour autant que celui-ci se révèle être cependant, en fin de compte, la cause d’un ordre légal de cette société.
J’entends ici par antagonisme l’insociable sociabilité des hommes, c’est-à-dire leur penchant à entrer en société, penchant lié toutefois à une répulsion générale à le faire, qui menace constamment de dissoudre cette société. Une telle disposition est très manifeste dans la nature humaine. L’homme possède une inclination à s’associer parce que, dans un tel état, il se sent davantage homme, c’est-à-dire qu’il sent le développement de ses dispositions naturelles. Mais il a aussi un grand penchant à se séparer (s’isoler) : en effet il trouve en même temps en lui ce caractère insociable qui le pousse à vouloir tout régler à sa guise ; par suite il s’attend à rencontrer des résistances de tous côtés, de même qu’il se sait lui-même enclin de son côté à résister aux autres.

Or, c’est cette résistance qui éveille toutes les forces de l’homme (…)

Emmauel Kant (1724-1804)
Quatrième Proposition. Idée d'une histoire universelle 
au point de vue cosmopolitique, 1784 .

la première n’était qu’une anarchie

D’ailleurs, quoique ces peuplades m’offrissent des images de république, la première n’était qu’une anarchie, la seconde, une simple société protégée par l’Etat où elle était renfermée; et les deux autres ne formaient que des aristocraties héréditaires, où une classe particulière de citoyens, s’étant réservé jusqu’au pouvoir de disposer de la subsistance nationale, tenait le peuple dans un état constant de tutelle, sans qu’il pût jamais sortir de la classe des néophytes ou des toutous.

Mon ame, mécontente des siècles présents, prit son vol vers les siècles anciens, et se reposa d’abord sur les peuples de l’Arcadie.

Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre (1737-1814)
L'Arcadie-L'Amazone,Oeuvres complètes 
de J.H. Bernardin de Saint-Pierre. 
Tome 9,Tome 7, éditions Méquignon-Marvis (Paris), 
1820, p.15

The secret life of an american artist

Sylvan Schendler, 1967, p. 81, has argued that the Arcadian paintings faced forces of social disapproval, and that this explains Eakins’s failure to finish them. « Behind his failure to finish the painting or any of the other Arcadian studies, » Schendler writes, « is the repressive force of a civilization . . . There was no place for an Arcadia of nudes in the imagination of a Philadelphian. » Such an invocation of repressive Philadelphia, however, seems disingenuous. Surely the real source of the repressed feelings of these paintings—and their unfinished state—was the psyche of Eakins himself.

EAKINS REVEALED, The secret life of an american artist,
Henry Adams, Oxford University Press, P 517, Notes

Arcadie

L’Arcadie reflète l’investissement, par la société qui la pense, des mythes qui lui sont associés tels que celui de communauté, de table rase, de nouveau monde, de nature primitive.

En se déplaçant, le mythe arcadien agit à la fois comme un miroir déformant des utopies propres aux époques qu’il traverse et comme un lieu de projection des désirs de ses commentateurs. Il manifeste aussi la capacité d’une société à penser son Autre, à tenter l’expérience d’une hétérotopie ou d’une hétérodoxie, à se projeter dans un paradis collectif, à basculer vers une forme d’altérité joyeuse. Aussi, les manifestations actuelles de l’Arcadie qualifient-elles en retour l’époque qui la perpétue. Et si la vivacité de ce mythe témoigne de l’optimisme de la société qui le pense, à l’inverse, sa faiblesse renseigne sur son pessimisme.

Emilie Renard 
L’Arcadie : ailleurs et autrefois, ici et maintenant 
et l’année prochaine. 
Par Emilie Renard (Intertexte) 
Rosa B n°2: Pop ! Oblique Strategies, 2009.
www.rosab.net

La question des vêtements et de la nudité

La question des vêtements et de la nudité est certainement celle qui a le plus d’importance à la fois au point de vue de la santé physique, de l’art et de la santé morale : aussi est-il nécessaire de préciser ce que l’on pense à cet égard, car le temps est venu de ne plus reculer devant aucune discussion. C’est là une conquête récente de la liberté humaine : il y a peu d’années on eût repoussé d’avance comme attentatoire à la morale toute proposition où la nécessité des vêtements eût pu être contestée. Sous l’influence de cette idée d’origine immémoriale, consacrée par la religion, indiscutée par la morale, on se laissait aller à croire dans la société actuelle, dite civilisée, que les convenances se trouvent chez les différents peuples en proportion directe avec les vêtements. (…)

Élisée Reclus (1830-1905)
"L'homme et la terre". Tome sixième. 
Chapitre éducation. p.489, 1905.

Growing up Absurd

«Nous voyons des groupes de garçons et de jeunes hommes mécontents de la société dominante …. Manifestement, ils ne reçoivent pas assez de notre richesse et de la civilisation. Ils ne grandissent pas à pleine capacité. Ils ne parviennent pas à assimiler une grande partie de la culture. Comme c’était prévisible, la plupart des autorités et tous les porte-parole publics l’expliquent en disant qu’ il y a eu un échec de socialisation. Ils disent que les conditions de fond ont interrompu la socialisation et doivent être améliorées. Et qu’il n’y a pas eu assez d’efforts  pour garantir l’appartenance, qu’il doit y avoir meilleure carotte ou punition. Mais peut-être n’y a-t-il pas eu un manque de communication. Peut-être que le message social a été communiqué clairement aux jeunes hommes et qu’il est inacceptable.

Dans ce livre, je vais donc prendre le chemin inverse et me demander : « La socialisation à quoi ? à quelle société et culture dominantes disponibles ? » Et si on pose cette question, nous devons immédiatement nous poser la suivante : « L’organisation harmonieuse avec laquelle les jeunes sont insuffisamment socialisée, peut-elle être contre la nature humaine, ou non digne de la nature humaine et qu’il y a une difficulté d’y grandir ? »


“We see groups of boys and young men disaffected from the dominant society…. Demonstrably they are not getting enough out of our wealth and civilization. They are not growing up to full capacity. They are failing to assimilate much of the culture. As was predictable, most of the authorities and all of the public spokesmen explain it by saying there has been a failure of socialization. They say that background conditions have interrupted socialization and must be improved. And, not enough effort has been made to guarantee belonging, there must be better bait or punishment. But perhaps there has not been a failure of communication. Perhaps the social message has been communicated clearly to the young men and is unacceptable.

In this book I shall therefore take the opposite tack and ask, “Socialization to what? to what dominant society and available culture ?” And if this question is asked, we must at once ask the other question, “Is the harmonious organization to which the young are inadequately socialized, perhaps against human nature, or not worthy of human nature, and therefore there is difficulty in growing up ?“.

Paul Goodman (1911-1972)
Extrait de l'introduction de Growing Up Absurd (1960)
From the introduction to Growing up Absurd (1960)